
Sacha Baron Cohen fait revivre Ali G lors d’une apparition surprise à Wimbledon
Lunettes jaunes surdimensionnées, chaînes dorées, survêtement blanc conforme au règlement vestimentaire du tournoi : le personnage d’Ali G a refait surface là où personne ne l’attendait, dans les tribunes de la finale du simple messieurs de Wimbledon. Plus de vingt ans après ses dernières apparitions massives, Sacha Baron Cohen s’est servi de l’un des rendez-vous sportifs les plus regardés au monde pour relancer une créature comique qui avait durablement marqué la télévision britannique.
Une apparition calibrée pour le court central
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. La finale du simple messieurs est le moment où les caméras balaient le plus systématiquement les tribunes, à la recherche des visages connus installés dans les loges. Un personnage aussi visuellement reconnaissable qu’Ali G y devient impossible à manquer : les lunettes teintées jaunes, le bonnet, les bijoux dorés et la gestuelle exagérée forment une silhouette identifiable en une fraction de seconde, même sur un plan large.
Sacha Baron Cohen a par ailleurs joué avec la contrainte la plus commentée du tournoi : le code vestimentaire. Wimbledon impose le blanc aux joueurs, et une tenue globalement soignée aux spectateurs des tribunes privilégiées. En déclinant la panoplie du personnage en version blanche, l’acteur a respecté la lettre de l’étiquette tout en la détournant, ce qui constitue précisément le ressort comique qu’il exploite depuis ses débuts : occuper un cadre institutionnel avec un corps et un langage qui n’y ont pas leur place.
Les images ont circulé en quelques minutes sur les réseaux sociaux, relayées par les comptes qui suivent le tournoi et par ceux qui commentent la culture populaire britannique. L’opération relève d’une forme de promotion sans conférence de presse ni communiqué : le personnage se montre, la séquence se diffuse d’elle-même, et l’annonce d’un projet cinématographique se glisse dans le sillage.

Ali G, un personnage né du décalage
Apparu à la fin des années 1990 dans une émission satirique de la télévision britannique, Ali G est un faux journaliste de banlieue qui interviewe des personnalités politiques, scientifiques ou religieuses en feignant l’ignorance la plus totale. Le comique naît de l’écart entre le sérieux de l’interlocuteur et l’absurdité des questions, posées dans un argot inventé, saturé de références au rap américain, aux voitures et aux substances illicites.
Le personnage a connu une audience internationale avec la série diffusée aux États-Unis, où il s’est retrouvé face à d’anciens responsables politiques, puis avec le long métrage Ali G Indahouse, sorti en 2002, qui l’envoyait siéger au Parlement britannique. C’est ce film qui a fixé dans l’imaginaire collectif l’association entre le personnage et le cannabis : la plante y sert de ressort narratif récurrent, comme marqueur d’un mode de vie caricatural plutôt que comme sujet en soi.
Sacha Baron Cohen avait ensuite délaissé Ali G au profit d’autres créations, Borat et Brüno notamment, avant de s’orienter vers des rôles dramatiques et des productions plus classiques. Le retour du personnage intervient donc après une longue mise en sommeil, dans un paysage médiatique qui a considérablement changé.
Un humour de 2002 face au public de 2025
La question posée par ce come-back est moins celle de la notoriété du personnage que celle de sa réception. Ali G repose sur une imitation appuyée des codes d’une jeunesse urbaine, ce qui lui a valu dès l’origine des critiques sur la caricature qu’il véhicule. Ces débats, marginaux à l’époque, occupent aujourd’hui une place bien plus centrale dans la discussion publique sur la comédie.
Le format lui-même a vieilli. Le principe de l’interview piégée, où une personnalité découvre trop tard qu’elle est le sujet d’une farce, suppose que l’interlocuteur ne reconnaisse pas le personnage. Or Ali G est devenu une référence culturelle documentée, citée et rediffusée en boucle. Un éventuel nouveau film devra donc trouver un autre moteur que la seule surprise, ou assumer une dimension nostalgique et scénarisée.
Ce déplacement vaut aussi pour les blagues liées au cannabis. En 2002, elles fonctionnaient sur un tabou et une illégalité largement partagés dans les pays occidentaux. Depuis, plusieurs États américains, le Canada, l’Uruguay et une partie de l’Europe ont modifié leur cadre légal, et le sujet est traité par la presse généraliste sous des angles économiques, agricoles ou sanitaires. L’effet de transgression n’est plus le même.
Ce que l’on peut raisonnablement attendre
À ce stade, l’apparition à Wimbledon vaut surtout comme signal. Elle indique qu’un projet existe et qu’il sera porté par le personnage lui-même plutôt que par une campagne institutionnelle. C’est une méthode que Sacha Baron Cohen a déjà employée : faire exister la fiction dans l’espace réel avant même que le film ne soit annoncé formellement, de manière à brouiller la frontière entre promotion et performance.
Pour le spectateur, l’intérêt tiendra à la capacité du personnage à produire autre chose qu’une répétition. Les tournages en caméra cachée sont devenus plus difficiles, les personnalités mieux protégées, et le public plus attentif aux dispositifs. Reste que Wimbledon, avec son décorum, ses règles vestimentaires et son public très codifié, offrait un contraste immédiat et efficace. Le choix du terrain, à défaut de tout indiquer du contenu à venir, en dit long sur la méthode.
