Graine Cannabis
Quelqu'un dispose un objet, autour de variétés cannabis, près d'une fenêtre.

Tout savoir sur les variétés de cannabis

Derrière le mot « cannabis » se cache une plante d'une grande diversité. Des vallées afghanes aux côtes sud-africaines, les populations locales ont donné naissance à des formes très différentes les unes des autres : plantes trapues à floraison rapide, sujets élancés à cycle interminable, lignées adaptées aux étés courts du nord de l'Europe. Cette page fait le point sur la classification des variétés de cannabis, sur ce qui les distingue concrètement au jardin et sur les critères qui comptent au moment de choisir.

Indica, sativa, ruderalis : une classification héritée de la botanique

La distinction entre indica et sativa remonte au XVIIIe siècle. Carl von Linné décrit en 1753 Cannabis sativa, la forme cultivée en Europe pour sa fibre et ses graines. Trente ans plus tard, Jean-Baptiste Lamarck nomme Cannabis indica en observant des plantes rapportées d'Inde, plus courtes, plus ramifiées et plus résineuses. Une troisième forme, Cannabis ruderalis, a été décrite au début du XXe siècle en Russie : petite, rustique, elle fleurit selon son âge et non selon la longueur du jour.

Les botanistes débattent encore de savoir s'il s'agit d'espèces distinctes ou de sous-espèces d'une même plante. Dans la pratique horticole, ces trois noms servent surtout de repères descriptifs. Une variété dite indica désigne un profil trapu, à entre-nœuds courts, feuilles larges et floraison de sept à neuf semaines. Une sativa évoque une plante haute, aux feuilles fines et longues, dont la floraison peut s'étirer sur douze à seize semaines. La ruderalis, elle, intervient surtout comme apport génétique dans les lignées à floraison automatique.

Il faut garder en tête que ces étiquettes ne prédisent pas fidèlement les effets ni la composition chimique. Des travaux de génétique publiés depuis les années 2010 montrent que les noms commerciaux correspondent souvent mal aux profils réels des plantes. L'appellation reste utile pour anticiper la morphologie et la durée de culture, beaucoup moins pour deviner ce que contiendra la récolte.

Des mains disposent un objet, autour de variétés cannabis, près d'une fenêtre.

Landraces et variétés modernes : deux histoires différentes

On appelle landraces les populations locales qui se sont stabilisées sur plusieurs siècles dans une région donnée, sans sélection organisée. L'Hindu Kush, l'Afghan, la Durban Poison sud-africaine ou les lignées hawaïennes appartiennent à cette catégorie. Elles portent l'empreinte de leur climat d'origine : résistance au froid nocturne en altitude, tolérance à la sécheresse, cycles calés sur la latitude du lieu. C'est ce patrimoine que les sélectionneurs européens et nord-américains ont exploité à partir des années 1970.

Les variétés modernes sont issues de croisements successifs entre ces populations. La Skunk, croisement de génétiques colombiennes, mexicaines et afghanes, a servi de base à des dizaines de lignées ultérieures. La Northern Lights, la Haze, la White Widow ou la Big Bud constituent aujourd'hui des briques génétiques que l'on retrouve dans une grande partie du catalogue disponible. Un hybride combine généralement la vigueur et la production d'un parent avec la rapidité de floraison de l'autre.

La stabilité distingue nettement les deux familles. Une landrace donne une descendance relativement homogène parce qu'elle a été reproduite sur elle-même pendant des générations. Un hybride de première génération peut se montrer uniforme, mais sa descendance se disperse : les caractères parentaux se recombinent, et deux graines issues du même sachet peuvent donner deux plantes assez différentes. Les banques de graines sérieuses indiquent le degré de stabilisation de leurs lignées.

Ce qui varie vraiment d'une variété à l'autre

Le premier critère concret est la durée du cycle. En intérieur, une lignée à dominante indica boucle sa floraison en huit semaines environ, quand une sativa équatoriale peut en demander le double, avec une consommation électrique proportionnelle. En extérieur sous climat tempéré, ce paramètre devient déterminant : une variété qui termine fin septembre échappe aux pluies d'automne et à la moisissure grise, alors qu'une lignée tardive risque de ne jamais mûrir.

La taille et le port suivent la même logique. Une plante à entre-nœuds serrés se pilote facilement sous 1,80 m de hauteur sous plafond ; une sativa qui triple de volume pendant l'étirement de floraison exige de l'espace ou des techniques de conduite comme le palissage horizontal. Le rendement dépend moins de la variété seule que de l'adéquation entre son architecture et les conditions offertes.

Viennent ensuite les profils chimiques. Le taux de THC et de CBD, la présence de cannabinoïdes minoritaires comme le CBG, et surtout la composition en terpènes — myrcène, limonène, pinène, caryophyllène — dessinent l'arôme et la signature de chaque lignée. Ces molécules sont sensibles à la température, à la lumière et aux conditions de séchage : une même génétique cultivée dans deux environnements ne donnera pas exactement le même résultat.

Enfin, la résistance aux pathogènes varie fortement. Les lignées à bouquets denses issues de génétiques afghanes captent l'humidité et se montrent vulnérables au botrytis en fin de cycle. Les structures plus aérées, typiques des sativas, tolèrent mieux les climats humides mais souffrent davantage du froid.

Choisir en fonction de son environnement de culture

Le choix d'une variété se fait à rebours : on part des contraintes, pas du catalogue. En intérieur, la hauteur disponible, la puissance d'éclairage et la capacité d'extraction fixent le cadre. Un espace réduit s'accommode mieux de lignées compactes et à floraison courte, éventuellement automatiques, qui bouclent un cycle complet en une dizaine de semaines depuis la germination.

En extérieur, la latitude et la date des premières pluies commandent tout. Au nord de la Loire, les variétés dites early, sélectionnées pour terminer tôt, restent les plus fiables. Sur le pourtour méditerranéen, l'arrière-saison sèche et lumineuse autorise des lignées plus tardives à dominante sativa. La ventilation naturelle du site, l'exposition et la qualité du sol pèsent autant que la génétique elle-même.

Un dernier point mérite attention : la nature des graines. Les graines féminisées produisent presque exclusivement des plantes femelles et évitent le tri des mâles. Les graines régulières restent indispensables à quiconque veut sélectionner et reproduire ses propres lignées. Les autoflorissantes, enfin, s'affranchissent du photopériodisme mais offrent moins de latitude pour corriger une erreur de conduite, leur cycle étant court et non extensible.

Rappel utile : la culture du cannabis reste interdite en France, y compris pour un usage personnel, le cadre légal ne tolérant que les variétés de chanvre inscrites au catalogue officiel et respectant le seuil réglementaire de THC.